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L'interview

Pourquoi t’appelle-t-on Frère ?

À Taizé, on parle de frères, car c’est moins impressionnant que « moine ». C’est un mot très beau. Il décrit cette dimension très difficile de l’amour qu’est la fraternité et qui consiste à aimer tous ceux que l’on n’a pas choisis, à accueillir très largement celui qui est différent et parfois un peu boulet…
Apprendre à aimer les boulets, c’est ça aussi l’amour !

 

Que fais-tu pendant la journée ? Quelles sont les activités, mis à part la prière et des interviews ?

La prière, c’est vrai que ça nous occupe déjà deux heures dans la journée… ou plus si affinités !

J’imagine que vous, Scouts et Guides de France, devez savoir qu’il y a beaucoup de gens qui viennent à Taizé. Je m’occupe de la logistique : gestion de l’accueil, du logement et surtout des équipes de travail puisque tout est assumé par les jeunes eux mêmes ici. Faire travailler les gens, c’est un travail qui me prend pas mal de temps ! La partie la plus belle est la rencontre des groupes. Il y a aussi des personnes qui ont des choses intimes, lourdes ou personnelles à confier. Puis je m’occupe aussi du site Internet et je travaille pour la maison d’édition. Pour finir, quand je peux l’après-midi, je fais de la poterie.

 

Qu’est ce qui t’as poussé à prendre cet engagement de devenir frère… c’est quand même un engagement assez lourd, pris à vie avec plusieurs voeux : pauvreté, chasteté…

Obéissance ! L’obéissance paraît très difficile. Au contraire, je la vis comme une grande liberté. Les projets de la communauté sont tellement beaux et amples que j’ai envie de m’y insérer. Les frères ne se soumettent pas à une autorité, ils se rendent plutôt disponibles pour des projets plus grands qu’eux. Et donc j’accepte de ne pas avoir de vie personnelle pour m’insérer dans quelque chose de plus large… Ça aussi c’est la liberté!

Ensuite, il y a aussi la question du partage des biens matériels,d’une existence partagée comme un geste de solidarité. Vers l’âge de 17 ans, j’ai compris que je n’avais aucune envie de vivre une vie très centrée sur moi-même, de gagner de l’argent, d’organiser mon univers pour que ma tribu soit bien… J’avais l’envie d’avancer au large, de voyager dans la vie sans trop de bagages. Ça m’a rapproché très fortement de la vie communautaire.

 

À 14 ans, quels étaient tes projets d’avenir ? À quoi pensais-tu ?
À 15 ans, c’était la grande rébellion : explosion du monde, « no future », cheveux longs, très anti-maman, grosse crise avec mes parents… Je ne voulais pas tellement quelque chose,mais plutôt changer les choses… mais lesquelles ? Je voulais tout changer dans la société mais je ne commençais même pas par moi-même. C’est après que c’est devenu plus clair, tout doucement, pas après pas ! « Avance car ton chemin n’existe que par ta route » dit St Augustin. C’est parce que tu avances que tu vois la prochaine étape.

 

Est-ce que tu as un message pour les jeunes de mon âge ?
Apprenez à vous accepter. Dieu en nous créant ne nous laisse pas le choix de ce que nous sommes. On ne choisit pas de vivre, on ne choisit pas notre personnalité, notre
physique. Cela peut être vécu comme une angoisse terrible. À ceux qui se disent : « Je veux être quelqu’un d’autre, je ne m’aime pas », j’aimerais dire « Reste calme vis-à-vis de toi-même, Dieu t’a fait un cadeau bizarre mais c’est quand même un cadeau ! ». Il s’agit avant tout de trouver les dons qui ont été déposés en nous. Ça, c’est le travail de
la prière. Ce n’est pas pour rien que nous passons deux heures par jour à prier !

 

Pour le monde, CitéCap tu fais quoi ?
Je dirais à la ministre de l’Enseignement supérieur qu’à l’instar des Américains, les bacheliers devraient faire a gap year d’un an (pause post bac) pour faire tout autre chose : service civil, action de solidarité… et que c’est après, qu’ils feront des études.

Propos recueillis par Baptiste et Maddly Etien

Taizé

La Communauté de Taizé a été fondée à Taizé en 1940 par Frère Roger. Ouverte à tous, elle est oecuménique, (elle accueille tous les chrétiens). À l’heure actuelle, la communauté est dirigée par Frère Aloïs. Les frères vivent du fruit de leur travail. Ils accueillent toute l’année des scouts et guides.

Allez-y faire un tour !
www.taize.fr

Le scoutisme sur le chemin de la Foi
J’ai découvert la Foi grâce à des pionniers… notamment une qui est devenue mon amoureuse au lycée. C’est elle qui m’a fait découvrir le scoutisme et un visage de l’Église
que je n’imaginais pas. Ma famille n’est pas chrétienne et je n’étais pas baptisé. Je me suis préparé à recevoir le baptême de la terminale à ma 1re année de prépa lettres. C’était très intense. Quand on a reçu la Foi dès tout petit, il y a plein de questions qu’on ne se pose pas. Moi, je ne cessais d’interroger les personnes qui m’accompagnaient.

Frère Maxime

Au début de cette interview, j’étais un peu tendu. En effet, je n’ai pas l’habitude d’aller à la rencontre de tout ce qui touche au religieux (prêtres, soeurs…) Mais mon approche a changé en découvrant la vie des frères de Taizé, notamment celle de Frère Maxime qui a su me mettre en confiance. Finalement, je pense que c’est plutôt lui, qui est venu à ma rencontre !

Baptiste Courtois, caravane d’Annecy St Maurice.

C'est où ?

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