Apprendre la sobriété

Les jeunes de 14 à 17 ans sont confrontés continuellement à la publicité vantant les mérites de tel ou tel produit à la mode. Même s’ils ne sont pas encore autonomes financièrement, ils sont la première cible des annonceurs qui voient en eux de futurs clients. 14 ans, c’est aussi l’âge de l’argent de poche qui devient de plus en plus conséquent. Les parents, poussés par la pression sociale, donnent cet argent souvent sans apprendre aux jeunes à l’utiliser, à le dépenser. Le risque est grand, qu’ignorant la valeur de ce qu’il reçoit, le jeune en demande toujours plus !

Devant le racolage médiatique et malgré l’impression « d'argent facile », comment apprendre aux jeunes à être des acteurs économiques responsables ? À l’âge pivot où beaucoup de choses se jouent il faut jouer sur deux tableaux : apprendre à faire la part des choses dans le matraquage de la publicité et apprendre à estimer sa propre valeur par d’autres choses que de l’argent.

Désir ou besoin ?

Il est important de permettre au jeune de discriminer à quel niveau se situe l’achat qu’il envisage. Il s’agit d’en faire un consommateur averti qui maîtrise son acte d’achat. On peut ainsi lors d’une réunion, d’un week-end, à travers le jeu apprendre aux jeunes à décrypter une publicité, à comprendre son message, à peser le pour et le vrai… Il suffit d’un jeu très simple : mettez-les dans la peau de publicitaire et demandez-leur de présenter un produit. Ils verront très vite comment ils peuvent être manipulés. Nous pouvons leur apprendre à être sobres, à dépenser non pour acquérir des signes extérieurs de réussite (ou d’intégration dans le groupe) mais pour satisfaire aux besoins essentiels. Nous pouvons leur apprendre à être solidaires, en choisissant dans leurs achats de ne pas profiter de la misère des autres par exemple. Il ne s’agit pas de diaboliser la consommation, simplement de permettre aux garçons et aux filles de poser des choix en toute liberté, y compris dans leur utilisation de l’argent qui leur est donné.

Être ou posséder ?

Il n’est pas facile dans une société de surconsommation, de comprendre que la réalisation de soi ne passe pas nécessairement par un statut social manifesté par l’argent. Par la simplicité matérielle des week-ends et des camps, par la vie dans la nature, par l’esprit de solidarité, le jeune apprend à vivre heureux avec peu. Il goûte le bonheur dans la simplicité que certains appellent « la sobriété heureuse ». Cette expérience introduit la prise de conscience que si notre moteur de vie est bien la quête du bonheur, il n’est pas nécessaire de rechercher de l’argent à tout prix pour le trouver. Édu- cateurs, nous devons permettre aux jeunes de relire cette expérience pour en retirer une leçon en matière de relation à l’argent. L’essentiel n’est pas dans ce qu’on possède mais dans les relations nouées entre les êtres humains.L’expérience de sobriété heureuse ne conteste pas l’économie, elle la met à sa juste place, au service des relations humaines. Elle apprend aux pionniers et aux caravelles qu’il n’y a pas besoin de dépenser beaucoup pour avoir de l’importance aux yeux des autres.

Par la simplicité matérielle des week-ends et des camps, par la vie dans la nature, par l’esprit de solidarité, le jeune apprend à vivre heureux avec peu.

Extra-jobs

Paquets cadeaux, vente de gâteaux fête du muguet… qui n’a pas aujourd’hui une expérience à raconter sur tel ou tel extra-job réalisé aux pionniers caravelles ! C’est presque systématique… un, deux ou trois extra-jobs par an ! Est-ce vraiment le bon chemin pour apprendre la valeur de l’argent ? Il est important de se poser de vraies questions avant d’entreprendre, tête baissée, un extra-job.

Notre extra-job répond-il à un projet ? Sommes-nous capables de le présenter concrètement ?

À quoi va nous servir cet argent ? L’extra-job est-il le meilleur moyen de gagner de l’argent ?

Quelles valeurs éducatives y-a-t-il derrière un extra-job ? Qu’apprend-il aux pionniers et aux caravelles ?

En tant que mouvement d’éducation, nous devons donner du sens à chacune des activités que nous organisons y compris l’extra-job. Ce n’est pas un passage obligé pour une caravane mais une activité éducative à expérimenter avec parcimonie.