L’espérance en caravane

Voici ce que partage Marie Stella, religieuse hospitalière au Togo, dans son livre (1) : « Il nous faut trouver des idées afin que les ados séropositifs ne voient pas l’avenir uniquement sous l’angle de la menace et de la souffrance. À chacun, nous devons dire : “ Sors de toi-même, mets ton handicap dans ta poche et avance ! ” Le disque que nos petites chanteuses ont enregistré en 2012 peut contribuer à donner du sens à leur vie : c’est une œuvre artistique dont elles peuvent être fières, qui les aide à croire en elles-mêmes, en leur talent. »

Cela pourrait sembler éloigné de la relation éducative ordinaire aux jeunes de la caravane. Tous n’y sont pas potentiellement malades. Et pourtant : enregistrer un CD, pour des jeunes ados malades, n’est-ce pas réaliser un Cap ? Pouvoir y graver l’espérance dans la musique ?

Marie Stella ajoute : « Avec les jeunes, il ne faut jamais être dans une logique négative et toujours chercher la lumière, communiquer la confiance. »

Favoriser le climat d’écoute et de partage où chacun peut oser parler de son espérance 

L’optimisme fondamental de tout éducateur, chef ou cheftaine, dit son espérance dans l’avenir des jeunes qui lui sont confiés : qu’ils soient malades, rebelles, ou pénibles... Son espérance éducative peut trouver sa source en Dieu – le Premier qui nous espère et nous aime depuis la naissance – mais pas nécessairement. Être chercheur de Dieu en sachant exprimer ses convictions et ses doutes, en les partageant avec les autres, ce peut être favoriser le climat d’écoute et de partage où chacun, chacune, jeune et chef, pourra oser parler de son espérance, et encore de ses peurs face à l’avenir. L’espérance – quel que soit le nom qu’on lui donne – n’est-ce pas ce qui nous aide, y compris dans les épreuves de la vie, « à ne pas voir l’avenir uniquement sous l’angle de la menace et de la souffrance » ? Pour être honnête et vrai, arrivé ici, aucun de nous, jeune ou chef, n’a le secret dernier de l’espérance. Chacun tâtonne parfois dans la nuit pour y trouver ou retrouver le chemin de la lumière : comme avec les yeux bandés par le foulard scout, je m’appuie alors sur la voix familière, simple et vraie, de ceux de mon unité. Le développement spirituel de la caravane permettra ici à chacun d’oser dire ou partager un peu de son espérance, sans gommer ses doutes, ses difficultés, ses fragilités. « Les pauvres ont le secret de l’espérance (2) » : pas de super héros ici, mais des scouts qui s’entraident, parlent, agissent, et espèrent... pour construire ensemble un avenir partagé, heureux.

(1) Vivre dans l’espérance, par Sœur Marie Stella, Bayard, 2013

(2) Georges Bernanos

" Comment aider les ados lors de crises de confiance ? "

« Je suis nul, j’y arrive pas... Personne ne me fait confiance ». Cette parole d’un jeune ado adressée à son chef est à la fois un cri, et un appel. Un cri : « Je suis nul ». Bien sûr cela dépendra du contexte... mais il ne faut pas minimiser la portée de ce cri, qui peut être l’expression d’une réelle souffrance. Ou vouloir rassurer le jeune trop vite ou à bon compte par une réponse facile du type « mais pas du tout... ». Entendre son cri, et ne pas vouloir y répondre trop vite : concrètement, le chef propose au jeune un temps d’écoute, au calme, librement. Ce sera aujourd’hui ou... un autre jour, au moment désiré par le jeune. Un appel : la parole dite au chef est signe de confiance. Le génie du chef n’est-il pas d’inventer, de proposer une activité concrète où le jeune pourra retrouver à la fois le goût de l’avenir et de lui-même ? Le chef peut ainsi lui proposer une action, une préparation pour la prochaine rencontre de l’unité. Et veiller, entre deux, à sa capacité à la réaliser... Le scoutisme, une espérance en actes ?