La rencontre, ça bouscule !

C’est scandaleux ce qui se passe au Proche-Orient ! »... « Ça me rend tellement triste de voir ces gens quitter leur pays et se noyer dans la mer Méditerranée. » « Je suis inquiet par la montée des extrémismes et du communautarisme... ». Ce soir, dans la Caravane où Jeanne est cheftaine, la veillée est animée. Les débats sont vifs, mais elle essaie de rester un peu en retrait, en relançant l’échange lorsqu’il s’essouffle, en le recadrant lorsqu’il dérape.

À 15 ans, on est facilement porté par des causes nobles, on s’insurge. Mais ces questions de société telles que l’immigration, les conflits armés, le dialogue interreligieux, la diversité européenne,... sont souvent éloignées de notre quotidien. Or les caravelles et pionniers s’engagent aussi dans la caravane pour se confronter à ces questions, pour rencontrer des personnes différentes, pour aborder la différence, en se laissant bousculer.

Le week-end dernier, la caravane de Jeanne a vécu un Cap «solidarité et ouverture aux autres»: chaque équipe était invitée à vivre une action, et la veillée de ce soir est le temps du partage d’expérience. Marc explique que son équipe a organisé un repas multiconfessionnel avec de jeunes juifs et de jeunes musulmans. Emma décrit le week-end « Vis mon camp » vécu avec les éclaireurs israélites et les éclaireurs unionistes (pro- testants). Quant à l’équipe de Pauline, ils ont invité les enfants du camp de Roms installé sur la commune d’à côté à venir jouer au local.

La confiance que l’on donne fait grandir.

Jeanne perçoit que tous les pionniers et caravelles ont eu le sentiment d’être utiles, que leurs actions avaient du sens, qu’ils en sont fiers. Chacun a le sentiment fort d’avoir fait tomber des barrières et des préjugés sans pour autant avoir l’impression d’être intérieurement chamboulé. Jeanne conclut la veillée en expliquant aux jeunes que l’on ne peut pas vivre toujours tout seul dans son coin, au risque de tourner en rond, d’entretenir la peur de l’autre. Alors, se connaître, c’est le début du respect. Et le respect, c’est ce qui permet de faire confiance.

Tout ce parcours n’est pas simple, ça s’apprend... Mais savoir lâcher prise et s’ouvrir, c’est la clef de réussite d’un projet collectif, et de projets personnels aussi. Jeanne essaie d’amener les jeunes à comprendre que la confiance que l’on donne nous fait grandir, elle nous stabilise. Jeanne invite les jeunes à penser au prochain Cap, qui amènera la caravane à You’re Up !, le rassemblement national des pionniers-caravelles. Vivre la diversité à l’échelle de l’Europe, voilà un bel enjeu ! Alors, Emma, qui bouillonne souvent d’idées, propose : « Hey ! Allons voir sur le site de la caravane, il y a un espace appelé Scoutic pour se jumeler avec une unité européenne ou d’une autre association du Scoutisme français ! » De quoi vivre l’ouverture et la solidarité...

“Comment vivre ensemble sans s’être rencontrés avant? ”

TouCarcaChauLi,mais d’où vient ce nom bizarre? De Toulon, Carcassonne, Chauny et Limoux : pour le camp d’été, ces quatre villes ont formé une caravane unique au prieuré d’Ardevon, près du Mont-Saint-Michel... Les deux chefs et vingt-deux pionniers et caravelles qui partagent la même envie de vivre le scoutisme, mais chacun à sa manière, ont relevé le défi de vivre ensemble sans que les jeunes n’aient pu se rencontrer au préalable. Les chefs et cheftaines ont bien pensé que tout allait fonctionner dès le premier jour, mais s’apprivoiser, composer et construire une relation en faisant face aux particularités de chacun(accent, habitudes, autonomie), ce n’est pas simple. Devant les difficultés de communication, un conseil de caravane a été décidé à mi-parcours, pour permettre à chacun de s’exprimer et trouver sa place. Ce n’est pas parce que la chemise est similaire que la culture est la même. Pour que chaque jeune se sente à sa place, il faut la lui donner et qu’il accepte la remise en question. Jeunes et chefs ont vécu une belle expérience où la parole a pris tout son sens. Défi relevé !