Quand l’image de soi est menacée

Une députée vient de faire une proposition étonnante. Elle propose que la mention « photo retouchée » soit apposée sur les clichés qui ont fait l’objet de corrections. Son intention est d’attirer l’attention sur le fait que les très belles jeunes femmes, que les superbes garçons des pubs et des magazines doivent parfois beaucoup au talent du graphiste qui retouche les photos. Bosse sur le nez gommée, jambes étirées, petit bourrelet effacé… Il est vrai que ce début de XXIe siècle fait la part belle à l’image et que la pression est forte pour imposer une idéologie du corps parfait. Les adolescents sont confrontés à la fois aux modifications de leurs corps et à cette pression sociale. Or, ils sont souvent sans repères face au monde qui les entoure, leur personnalité étant encore en construction. Dans cette situation, ils souffrent d’une mauvaise image d’eux-mêmes. De façon générale, la période de l’adolescence se caractérise par une estime de soi moyennement faible, plus basse chez les filles que chez les garçons.

Désamorcer le discours sur l’image

En tant qu’éducateurs, chefs et cheftaines doivent aider le jeune à garder une saine estime de lui-même face à la pression du groupe et au conformisme social. Leur rôle n’est pas de réassurer sur l’image de soi. Face à un jeune qui teste sa séduction, qui passe beaucoup de temps à travailler son look ou qui au contraire se laisse aller physiquement, la maîtrise adoptera le mode « ça ne m’intéresse pas ». Il est important de faire comprendre que, dans le cadre du scoutisme, l’essentiel n’est pas là. Que ce qui est important est moins l’apparence du garçon et de la fille que ce qu’il a à apporter à l’unité et au projet. Une maîtrise pionniers caravelles n’aidera pas un jeune à développer son estime de soi en lui répétant en boucle « oui tu es beau (ou belle), oui on t’aime ». Elle a, par contre, le pouvoir de développer le sentiment de confiance en soi qui est le préalable à l’estime de soi. En effet, il faut d’abord ressentir et vivre un sentiment de confiance en soi pour être disponible aux apprentissages qui vont nourrir l’estime de soi.

Investir l’action, valoriser la réussite

En aidant le jeune à devenir sûr de lui, à innover, à amorcer des changements en osant faire différemment, la proposition pédagogique des pionniers et caravelles donne les moyens de développer l’estime de soi. Par les responsabilités confiées en début d’année, par les itinéraires du cairn, par la préparation et la réalisation d’un Cap, les jeunes de 14 à 17 ans grandissent, prennent confiance en eux. L’accompagnement de la maîtrise les aide à relativiser leurs échecs, à surmonter leurs découragements. En leur permettant d’agir sous un regard qui positive, elle met en place les conditions d’une bonne estime de soi. Des phrases du type « Tu n’as pas réussi mais tu feras mieux la prochaine fois », « Je t’accompagne cette fois mais la prochaine fois tu pourras le faire toute seule. » signent la confiance que le chef met dans le jeune et dans sa capacité de faire. Un temps important passé à souligner les réussites, à relativiser les échecs, à développer l’esprit d’entraide, tout cela aide le jeune à acquérir une bonne estime de lui-même, composante primordiale de l’image de soi.

La maîtrise a le pouvoir de développer le sentiment de confiance en soi qui est le préalable à l’estime de soi.