Rencontre avec Muhammad Yunus

La vidéo de la rencontre

- © Scouts et Guides de France

Alexandre : Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux jeunes pour qu’ils puissent construire des projets plus ambitieux au niveau de la citoyenneté, de la solidarité et de la lutte contre la violence ?

Les jeunes ont un grand avantage : ils sont vifs d’esprit ! Ils peuvent percevoir les choses de manière très différente et sont moins enclins à résoudre les problèmes en suivant la routine. Ils peuvent donc tenter de changer les choses de façon originale. Aujourd’hui, ils entrent facilement en contact avec le monde entier via Internet et les discussions en ligne. De plus, il est possible de se connecter et de communiquer quasiment partout. À mon époque nous devions nous asseoir pour écrire une lettre à la main et l’envoyer par courrier à nos amis dans d’autres pays. La réponse prenait des mois ! La recevoir était un événement très anticipé alors que maintenant c’est instantané. En cherchant sur Internet, on trouve des réponses à beaucoup de questions, et des informations récentes. Il n’est même presque plus nécessaire d’aller voir un enseignant. Cela donne beaucoup de pouvoir, et celui-ci doit être utilisé pour un but. C’est donc à vous de décider quel est votre objectif. Est-ce que vous voulez gagner beaucoup d’argent et « réussir » ? Ou est-ce que vous voulez aider à changer le monde ?

 

Vous n'êtes pas insignifiant : vous pouvez créer du changement si vous le voulez, avec vos propres mains.

Il y a beaucoup de problèmes et d’enjeux sur Terre : la pauvreté, l’environnement, les énergies renouvelables, les maladies, le système de sécurité sociale, les drogues, la criminalité, etc. Tant de choses qui peuvent être résolues si nous le voulons, car l’esprit humain est très créatif. Il faut que vous utilisiez cette créativité pour résoudre ces problèmes. Pour commencer, composez une liste de toutes les choses que vous aimeriez voir dans ce monde, comme si vous étiez à même d’en créer un nouveau pour vous. Quel genre de monde serait-ce ? Un monde sans torture ? Sans discrimination raciale, ou basé sur les castes ? Une fois complétée, accrochez votre liste sur un mur de votre chambre et travaillez pour atteindre votre objectif. Cela ne se réalisera que si vous organisez vos idées et grâce à votre volonté et votre travail. Alors vous serez capables d’oeuvrer pour que ce monde voie le jour. Chaque individu est très puissant et peut faire une différence sur la planète. Mon message est donc le suivant : ne vous considérez pas comme étant insignifiant. Sentez toujours que vous êtes significatifs, que vous pouvez créer du changement si vous le voulez, avec vos propres mains.

Nous pouvons le faire. C’est une question de volonté.

Bastien : Comment pouvons-nous lutter contre la surconsommation ?

Si vous savez qu’il y a de la surconsommation, si vous êtes opposés à ce phénomène, alors vous pouvez agir par vous-même et persuader les autres en communiquant sur ce problème. Expliquez que la surconsommation exploite nos ressources, alors que d’autres souffrent de ne pas en avoir assez. Il s’agit non seulement de partager avec ceux qui sont sur cette planète en ce moment, mais aussi avec les générations à venir. Si nous utilisons toutes nos ressources maintenant, les autres n’auront plus rien. Il faut donc mesurer la quantité à utiliser, et évaluer celle que nous allons laisser pour les générations futures. Il faut aussi diviser les ressources de manière équitable entre pays riches et pays pauvres. Si nous décidons d’éradiquer la surconsommation, nous pouvons le faire. C’est une question de volonté.

J’étais un gamin comme les autres, j’ai juste essayé de voir ce dont j’étais capable.

Alexandre : Lorsque vous étiez jeune, quel était votre rêve ? Pensiez-vous à un prix Nobel ?

Non… Je voulais voir le monde! Et j’en ai eu l’opportunité quand j’étais scout en allant au jamboree de 1955 au Canada. J’aimais beaucoup voyager et c’était une expérience fantastique de rencontrer d’autres jeunes de mon âge qui parlaient d’autres langues, fréquentaient d’autres types d’écoles, et venaient de pays très différents. C’était incroyable de communiquer avec eux. Je parlais juste un peu d’anglais, mais la communication par signes nous a permis de nous comprendre. Sans même avoir de langue commune, nous avions les mêmes rêves et nous nous appréciions les un les autres. Cela m’a permis de voir le monde tel qu’il est, de percevoir les différences entre les pays, et de voir la souffrance dans le mien à cause de la pauvreté. J’ai pris conscience qu’il fallait agir, qu’en grandissant, j’aimerais changer la vie des pauvres et par là-même, la situation du pays en tant que tel. En même temps j’étais étudiant, et j’essayais d’avoir des bonnes notes ! Mais je n’ai jamais pensé avoir un prix Nobel de la paix ou quoi que ce soit. J’étais un gamin comme les autres, j’ai juste essayé de voir ce dont j’étais capable.

Chaque individu peut changer la planète
Muhammad Yunus

Muhammad Yunus

Surnommé « le prêteur d’espoir » ou « le banquier des pauvres », Muhammad Yunus a reçu le prix Nobel de la paix en 2006 pouravoir fondé dans son pays, le Bangladesh, la première institution de micro crédit, la Grameen Bank, permettant ainsi la réinsertion sociale de plusieurs millions de personnes exclues du système bancaire.

Voir aussi...

  • Oze

    n°20 page 10

Le scoutisme ?

Pour Muhammad Yunus, « l’école est une formation limitée et les jeunes veulent connaître le monde pour voir à quoi il ressemble. Le mot d’ordre du scoutisme est : « toujours prêt » donc les jeunes apprennent à toujours se préparer à de nouvelles éventualités. Le scoutisme est une nouvelle expérience de la vie, donc je dirais que c’est une excellente opportunité pour grandir. »