Transgresser pour mieux exister

Paul et Céline sont un peu dépassés ce dimanche… l’équipe d’Arthur a encore fait la fête dans la tente jusqu’à trois heures du matin. Les chefs ont tout essayé pendant la nuit pour faire cesser les choses mais ce matin, ils sont prêts à capituler… Pour construire l’adulte qu’ils sont en train de devenir, les adolescents ont besoin de tester les limites des lois, des repères que leur imposent les adultes. Mais quand les chefs et les cheftaines sont face à cette opposition en camp, les choses ne leur semblent ni aussi simples, ni aussi positives.

Établir des repères

Lois de la République, charte de vie de la caravane, règles de vie, ces repères éducatifs donnent un cadre au vivre ensemble dans lequel les jeunes peuvent s’épanouir. Pour cela il est important que les règles soient claires, concrètes (observables et mesurables), constantes (ne variant pas selon l’humeur), conséquentes (une réaction-sanction doit suivre la transgression) et cohérentes (l’adulte respecte lui-même les règles). Poser des limites permet au jeune de se repérer dans la vie sociale et d’exister dans sa différence. C’est une des conditions de la liberté à tous les niveaux. Si tout lui est autorisé, le jeune recherche des formes de transgression dont certaines le mettent en danger : recours à la drogue, alcool, vitesse excessive… Un adulte sûr de lui dans ses prises de position apporte une forme de stabilité. Les limites rassurent. Mais ce n’est pas pour autant que le jeune ne cherchera pas à les franchir. C’est pourquoi il est important de reconnaitre ses efforts et de le respecter dans ses limites, ses défauts, ses erreurs… Les limites et donc l’interdit suscitent la transgression qui permet l’affirmation de soi. C’est un signe de bonne santé, inhérent à l’adolescence. En recherchant la transgression, y compris dans l’excès, lesjeunes se cognent, métaphoriquement, contre les murs de la société des adultes. Même si cette relation est nécessaire, certains dépassements devront être sanctionnés.

Savoir réagir

La sanction est exigeante dans son application. Juste et bien appliquée, elle constitue une forme de reconnaissance de la valeur de l’individu. Sanctionner une fille ou un garçon, c’est lui dire qu’il aurait pu choisir de faire autrement. En lui disant: « Tu peux décider de ne pas avoir ce comportement », l’adulte le renvoie à ses capacités propres et à sa liberté. Si « ça n’a pas d’importance » ou si tout est oublié, c’est un peu comme si le jeune était dans l’incapacité de faire un choix. L’absence de sanctions dévalorise et déresponsabilise. Si personne ne fait comprendre à l’équipe d’Arthur qu’elle va trop loin, les jeunes peuvent continuer jusqu’à user la patience de l’équipe de maîtrise. La sanction risque alors d’être émotive, exagérée voire violente au lieu d’être efficace.

Humilier n’est pas sanctionner. Dans l’humiliation ce n’est plus le comportement qui est visé, mais la personne. Elle est renvoyée à son incapacité de tirer profit d’une juste sanction. Une autre dérive réside dans le fait d’être trop proche des jeunes. Le chef copain, trop empathique, trouble les frontières et empêche une vraie prise de conscience de ce qui a été transgressé. Définir les règles et des limites en concertation avec les jeunes permet de réagir avec une plus grande sérénité face à la transgression et de sanctionner en tout légitimité. La qualité éducative d’une cheftaine, ou d’un chef, confronté à la transgression de l’interdit, se mesure à sa capacité de savoir doser ses réactions et à user de son autorité à bon escient.

Les limites et donc l’interdit suscitent la transgression qui permet l’affirmation de soi.